Bilan et situation de Acoeur

Février 2021
Sarah Anton
 
 
Acoeur est l'expérience d'un projet artistique et social au coeur du quartier Saint Bruno, sur 3 années.
 
À la question "Quelle place pour l'artiste dans la société ?"
 
Le format "taille humaine" s'est imposé: une artiste ouvre son atelier à d'autres artistes, en résidence de création et/ou en représentation; et accueille les artistes locaux, les habitants du quartier et le public... au quotidien.

Rendre visible l'atelier, espace de travail, de recherche et création de l'artiste, espace de  liberté et d'expérimentations.
 
Faire de l'atelier un espace dynamique autonome: lieu de création, de recherche et d'élaboration, inviter la rencontre entre artistes, et lieu de diffusion, de représentation et d'exposition, d'échange... participatif et solidaire.






Il s'agissait d'expérimenter un format permettant à nombres d'artistes de bénéficier d'un espace de travail confortable, de la reconnaissance et du soutien de leurs pairs et du public, enrichissement mutuel.
 
Faire valoir leur activité, la réalité de leurs conditions de travail et leurs statuts (un peintre n'a pas le même statut qu'un intermittent du spectacle, qu'un auteur ou qu'un photographe...).
 
"Hacker" les préconçus et les préjugés relatifs aux artistes et à l'Art, au milieu artistique, de ses acteurs et du public.
 

L'idée de Acoeur, c'est que ensemble, entre artistes de milieux différents et avec les habitant-e-s et le public nous serions plus riches et plus forts de nos différences qu'isolés et contraints de subir la réalité d'un milieu extrêmement compétitif, sexiste et discriminatoire: le milieu artistique n'est pas épargné par la violence sociale. 


engager un dialogue sincère et fécond avec les artistes, les habitant-e-s, les acteurs locaux et le public.

Le soutien de Thierry Lombard artiste singulier et Kalyani photographe tout au long du projet a été extrêmement précieux et indispensable à l'évolution du projet et à sa survie même. 



2018-2019

Une trentaine de plasticiens et photographes locaux invités à, exposer ensemble dans une exposition dynamique, nourrie et en mouvement permanent.

Résidence de création (Sarah Anton, IO, Soniac, Jacob Madamour) résidence de création accompagnée (Thierry Lombard, Sarah Gautier), répétition et résidence d'appréhension scénique première scène (Fall Therapy, Will'O'Mood).

Concerts, théâtre, performances, lectures, rencontres musicales improvisées, scènes ouvertes, cartes blanches.

Au quotidien, les artistes, habitant-e-s et le public étaient invités à visiter le lieu, l'exposition, à boire un café, à se poser, ou se reposer, à lire, à entrer en dialogue avec les artistes présents.



2019-2020




2020-2021






L'art naît toujours de la rencontre et du dialogue,
Il n'y a pas d'artiste sans artistes et pas d'artiste sans public.

il n'y a pas de Culture sans diversité

Il n'y pas de Culture sans échange, sans réciprocité... sans solidarité


Si l'art naît bien d'un contexte, d'une réalité et d'une expérience
à Acoeur, l'art répond à un contexte, à une réalité et à une expérience...

Ici l'artiste accueille et ouvre au dialogue, généreusement et de tout son coeur !



AUX ARTISTES

d'imaginer une Culture solidaire, réciproque et plus humaine, en relation à l'autre.
 
Acoeur a contourné les préjugés des artistes et des acteurs de la Culture en les invitant à considérer qu'il existe d'autres chemins, d'autres perspectives, d'autres formats et d'autres relations de travail.

Réaliser les conditions d'épanouissement de l'artiste: confort d'un atelier polyvalent (peinture, musique, arts plastiques, écriture, photo...) stimuler la rencontre entre artistes de différents milieux, de différentes disciplines. Encourager, soutenir et valoriser la créativité.

Représenter la scène artistique locale dans sa diversité et sa vitalité.




AUX HABITANT-E-S ET AU PUBLIC

Oeuvrer au coeur du quartier n'a pas été chose facile.

D'abord parce qu'il faut accepter et dépasser nombre de préconçus et de préjugés relatifs à l'art du genre "l'artiste est un snob" ou "l'artiste est perché à des kilomètres de la réalité" et/ou "l'artiste est un personnage anti-social".

Ensuite, parce que pour le public, l'Art a depuis des décades été bien hermétique. Le public s'est restreint, une grande partie considérant qu'il fallait lire une bibliothèque pour comprendre et trouver sens à un objet qui n'était même pas réalisé par le dit artiste, ce même public s'est alors éloigné d'un art contemporain dit snob ou élitiste.
 

Que l'art appartient à tous

L'art est un bien commun,
 
la culture est une en relation


Inviter les habitants, le public et le quartier à prendre une place active dans la création:
son regard, son propos, ses questions et son soutien 

Voir ensemble
Ouvrir nos yeux, nos oreilles, notre coeur et notre esprit
 
Si la réalité du quotidien de l'artiste est difficile, elle est aussi hautement inspirante pour une société stressée, dépassée, acculée à la productivité.
L'espace de l'atelier est avant tout un espace de liberté où le corps se meut: etirements, yoga, respect du rythme de chacun, lieu de vie
 
 de l'habitant-e-s et du quartier.





CREATIONS

La série de peintures Revolt! relative à la question de l'amour, et au couple en particulier, aux féminités et aux violences faites aux femmes est un cri de révolte, de Joie, de plaisir, de rage et de gratitude, regard multiple et profondément singulier, témoignage de la violence de notre société et de sa grande beauté. 
 
Rendue visible tout au long de sa longue élaboration et en finalisation à Acoeur, cette série est absolument indissociable de l'expérience de Acoeur, elle en est un fruit. Pour moi, il s'agit d'une totale révolution, puisque je me suis mise à peindre comme jamais je n'avais peint et découvert un langage...
On voit rarement les peintres peindre ou les images se faire, sauf dans la rue (Street Art). Peindre à Acoeur c'était peindre avec la rue, avec le quartier. Le regard de l'autre et sa vision ont approfondi mon regard et ma vision.

Thierry Lombard, artiste singulier en situation de handicap en résidence accompagnée sur toute la durée du projet, a lui aussi ouvert son travail pictural au regard de l'autre et au dialogue et trouvé un soutien, une considération, une dynamique. Comme moi, son travail s'en est trouvé enrichi, décomplexé. Tout au long du projet, Thierry Lombard a encouragé et soutenu la dynamique du projet avec une grande générosité et beaucoup d'enthousiasme.

Kalyani, jeune photographe et voisin de Acoeur a réalisé de très belles photographies des artistes et évènements du lieu, depuis le début du projet et jusqu'au bout, avec une grande générosité aussi.




CONCLUSION
et perspectives

Orchestrer le projet a été passionnant et m'a permis d'appréhender d'autres domaines très créatifs en parallèle de mon travail d'artiste: organisation, gestion, programmation, communication, accueil (en chair et en os comme sur le net).

Petit à petit, le projet a fait de moi un genre de contorsionniste :
créatrice, accueillante, accompagnatrice, communicante;
dans différentes postures: publique, privée, intime;
et sur différents territoires: poétique, politique, philosophique... social,
 
par la diversité et la multiplicité des expériences et des rencontres.





Les problématiques sociétales se sont trouvées accueillies, représentées et investies au coeur du projet: les questions relatives à la différence, au handicap, à la violence de notre quotidien.
 
 
Nous avons étés solidaires entre artistes et habitant-es.






Les épreuves rencontrées ont étées intenses et nous avons trouvé beaucoup de soutien moral de la part des habitant-es et du public, solidarité et encouragements, ce qui nous a permis de tenir le coup jusqu'à aujourd'hui et nous permet de croire que nous pourrons aboutir dans la restitution de l'expérience Acoeur au Printemps prochain. Les épreuves ont étées grandement formatrices et posent de nouvelles questions pour la suite. Si la richesse de l'expérience et l'utilité d'un tel espace au sein d'un quartier ou de la ville sont indéniables, le format UNE artiste qui gère tout seule n'est pas viable sur le long terme sans soutien, sans partenaires et sans argent. 

Nous avons réussi à aller au bout du projet (Mars 2018-Mars 2021) malgré les difficultés en nous associant Thierry Lombard et moi. Nous nous sommes monté en Association loi 1901 et espérons que le format associatif apporte plus de reconnaissance et de réciprocité, de sécurité au projet et moins de sacrifices de ses act-rices-eurs.
 
Aujourd'hui, il nous reste donc à trouver un soutien technique et financier pour pouvoir rendre compte de l'expérience de ces 3 années au printemps prochain... nous solliciterons la ville de Grenoble, bénévoles, partenaires, artistes et habitants et espérons imaginer la suite ensemble...